albanie-nato.jpgMalgré des ressources naturelles importantes, l'Albanie est un pays d'Europe en voie de développement ; ni Orient ni Occident, pays dont personne ne sait rien sauf les Albanais, pays inconnu et lointain, espace isolé qui laisse l’Europe occidentale indifférente, lieu exclu de la carte par son caractère d’Europe primitive ou mythique des Balkans.
À la chute du régime communiste, l’Albanie représentait non seulement une frontière fermée à l’Europe et à la Méditerranée, mais aussi au reste du monde, un pays dans lequel la libre mobilité des personnes était inconnue. Aujourd’hui, les Européens imaginent l’Albanie comme un territoire frontalier, un pays encore mineur qui devrait être contrôlé de près par des institutions internationales ou par l’Union européenne elle-même, voire par une sorte de protectorat européen.

Rêves d'ailleurs...

Le film Lamerica de Gianni Amelio (1994) sur l’Albanie évoque les cartes postales jaunies de l’Italie de l’après-guerre, reflétant entre autres choses le désespoir vécu dans le port de Durrës en 1991 et les désirs de fuite des Albanais attirés par l’Italie télévisée, l'Amérique du pauvre. Il révèle ce rêve de beaucoup d’Albanais d’aller en Italie, ainsi que le regard qu’ont les Italiens sur eux :"Les Albanais sont comme des enfants. Si les Italiens disent que la mer est pleine de vin, eux, ils veulent aussitôt la boire." C’est la fièvre de partir, ou le virus d’Europe, comme l’appellent certains jeunes de Tanger.

Lamerica.jpg Comme le souligne Artan Fuga ( Identités périphériques en Albanie. La recomposition du milieu rural et les nouveaux types de rationalité politique, L´Harmattan, 2000) les pays balkaniques sont en quelque sorte une "périphérie" de l’Union européenne. Une frontière qui pousse à l’effort d’intégration et de modernisation, mais aussi une périphérie sociale chaotique, déstructurée, pauvre, parfois clandestine. Un facteur important qui aide à maintenir un équilibre difficile au centre. Une périphérie qui produit une main-d’oeuvre irrégulière, des employées de maison et des enfants à adopter, qui engendre prostitution et trafic de drogue.

Sur cette périphérie, Fuga signale par ailleurs l’existence d’une infra-périphérie où le monde urbain rejette à la périphérie du social l’exode rural, les retraités, les Gitans, les malades. Ainsi, l’Albanie s’intègre au marché des circuits mondiaux du travail et des formes d’homogénéisation paneuropéenne. C’est la mondialisation à l’échelle d’un pays qui a vécu historiquement l’exclusion de l’Europe.

Une existence enfin reconnue

Encore profondément marquée par les quarante-cinq années du régime autoritaire et autarcique mis en place par Enver Hoxha qui s'est maintenu jusqu'en 1991, l'Albanie, un des pays les plus pauvres d'Europe, s'est mise en quatre pour fêter l'événement : l'Otan (l'Amérique) la reconnait ! La considère...
Les bâtiments du gouvernement et du Parlement ont été pavoisés aux couleurs de l'Otan et une série de concerts de rue étaient prévus.
A Tirana, la capitale, une horloge géante perchée au sommet d'un immeuble égrènait le compte à rebours de l'admission de l'ancien bastion stalinien des Balkans au sein de l'Alliance atlantique.

Et chaque soir, un projecteur disposé devant les services du Premier ministre Sali Berisha, sur la rue principale, diffuse, aujourd'hui encore, le logo lumineux de l'Alliance sur la facade de ce qui fut le siège du dictateur communiste Enver Hoxha.

Jusqu'à l’adhésion de l’Albanie à l’Alliance, la coopération entre ce pays et l’OTAN s’est inscrite dans le cadre du plan d’action pour l’adhésion (MAP).
Dès 1997, en partenariat avec l'Allemagne, l'Albanie contribue à la Force de stabilisation (SFOR_remplacée par l'Eufor appartenant à l'U.E. le 2 décembre 2004) en Bosnie-Herzégovine avec 67 soldats.

En 1999, elle a soutenu les opérations alliées de maintien de la paix au Kosovo en accueillant un commandement de soutien logistique, devenu, dès 2002, un quartier général militaire régional, le QG de l’OTAN à Tirana.

Puis l’Albanie a offert son aide aux pays alliés pour les opérations de stabilisation menées dans l'ex-République yougoslave de Macédoine entre 2001 et 2003.

Depuis 2003, l’Albanie contribue à la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) en Afghanistan (environ 140 albanais au sein des contingents turc et italien).
Elle a également envoyé des troupes au Tchad et en République centrafricaine pour se joindre à la mission de maintien de la paix de l'UE et fut l'un des premiers pays à dépêcher des troupes en Irak en soutien à l'opération lancée en 2003 par les Etats-Unis et leurs alliés. Son contingent comptait plus de 218 soldats et officiers, sous commandement américain, déployés à Mossoul (nord) et à Bagdad. Leur retrait s'est effectué en décembre 2008.

Pour ceux qui n'ont qu'une idée très vague du désespoir albanais

... il suffit de se remettre en mémoire quelques images qui révélèrent ce petit pays pleins de souffrances au monde télévisuel occidental : du port de Vlora (Albanie), en mars 1991, des centaines de radeaux (certains n’étant rien de plus que des barils vides avec des toiles dessus) se dirigèrent hors de la baie vers l’Italie.

La majorité des réfugiés a survécu, certains touchant terre au nord d’Ancona (Italie). Quelques-uns ont débarqué au Monténégro tandis que d’autres ont péri dans l’Adriatique. En août, cette même année, après des mois d’agitation politique et de pénurie en Albanie, un deuxième exode a eu lieu, cette fois avec des bateaux plus importants, la plupart partant du port de Durrës (Albanie) où la loi martiale avait été décrétée pour décourager les gens. Plus de dix mille personnes affamées et fatiguées ont passé la nuit dans un stade de football à Bari (Italie) avant d’être rapatriées par les autorités italiennes. Après avoir ordonné à la marine de renvoyer tous les autres bateaux, l’Italie a envoyé 500 soldats en Albanie pour aider à distribuer 130 millions d’euros d’aide alimentaire afin d’éviter la famine qui avait été annoncée pour l’hiver suivant.

Voilà comment le premier gouvernement "non-communiste" est arrivé au pouvoir dans un pays dépendant de l’aide alimentaire. Le Parti Démocratique était menée par Sali Berisha, un ancien cardiologue de l’élite de Tirana, qui promit l’intégration en Europe. Il était apprécié des pays donateurs, et tout particulièrement les Etats Unis.

Si pour une certaine Albanie l'effort ne fut pas vain

... méditons sur l'article de Fatos Lubonja, traduit en français par Mandi Gueguen, du Courrier des Balkans  : L’Albanie dans l’Otan : is it « the miracle of freedom » ?