kanikosen_couv.jpg Ce roman ressemble à une version japonaise de La Jungle de Upton Sinclair ou des Raisins de la Colère de Steinbeck.
A l'époque de Kobayashi, le mouvement de la littérature prolétarienne dominait les lettres japonaises, avant de se faire réprimer par la censure étatique et l'emprisonnement des écrivains de gauche.

Dans Kanikosen Takiji Kobayashi décrit les conditions de travail et la mutinerie de marins d'un navire-usine, en mer d'Okhotsk (URSS).
Les hommes y flambent leur salaire durement gagné dans la prostitution et les cuites, partagent des cabines à la puanteur ténue, reçoivent des lettres de la maison qui produisent fêtes et larmes, subtilisent furtivement les meilleurs morceaux de crabes lorsque les contremaîtres ont le dos tourné, captent par la radio les nouvelles de navires-usines coulant dans les eaux glacées environnantes...

Face à des contremaîtres brutaux et avides qui ne rechignent pas à les user au travail jusqu'à la mort au nom des profits de l'entreprise et du Japon impérial, les ouvriers finissent par s'organiser, former un syndicat, entrer en grève et prendre le contrôle du navire, en voyant que leur unité est leur seule protection.

Kanikosen montre de façon répétée le lien direct entre le Japon impérial et l'exploitation des ouvriers sur le bateau, en montrant comment le fascisme, entre autres choses, est utilisé pour maintenir la classe ouvrière sous le joug des propriétaires des usines, lesquels sont aidés et encouragés par l'armée, qui à un moment arraisonne le navire pour mettre brutalement fin à la grève.

La politique une nation prospère, une armée puissante du gouvernement Meiji est montrée comme se faisant sur le dos des travailleurs pauvres. Est aussi dépeinte la façon dont les militaristes méprisent totalement les ouvriers japonais, les voyant comme des enfants idiots qui ont besoin d'être contrôlés pour leur propre bien.

2008 : Kanikosen entame une nouvelle vie

Dans un Japon où la précarité croissante et le choc de la crise amènent de nombreux jeunes à rejoindre un Parti communiste en plein réveil, le roman de Takeji Kobayashi fut réédité en août dernier et fait un tabac parmi les jeunes japonais, près de 80 ans après sa parution. Il paraît que de jeunes fans, qui ont pour la plupart autour de 20 ans et qui travaillent, disent qu'ils s'identifient avec les marins du roman.

manga_kanikosen4.jpg Il existe également une version manga de Kanikosen et une nouvelle adaptation cinématographique (sortie prévue courant 2009 au Japon) réalisé par Hiroyuki Tanaka : Kanikousen, qui mettra la critique sociale en sourdine pour s'orienter vers un divertissement plus léger, plus pop, teinté d'humour noir le tout agrémenté d'effets spéciaux digitaux.
Déjà, en 1953, et celui-là je vous le conseille, Sô Yamamura (1910-2000) s'emparait de la caméra et réalisait son premier film : Kanikosen (connu en France sous le nom de Les bateaux de l'enfer). Le film, dans un beau noir et blanc, dénonçait avec force la soumission et les conditions de travail des pêcheurs embarqués à bord des bateaux-usines dans les années 20.

Peut-être que le retour de Kanikosen à la lumière inspirera de nouveaux auteurs de la classe ouvrière. Je soupçonne que rien ne plairait plus à Kobayashi, lui qui naquit dans la pauvreté de la campagne et qui parvint néanmoins à devenir une figure littéraire majeure malgré sa courte vie.

Pour vous faire une idée du roman de Takeji Kobayashi, lire le premier chapitre (trad. Matt Treyvaud) et découvrir un excellent site (en anglais): Neojaponisme

Bon dimanche !