D'abord il y a l'étrangère, celle qui ne parle pas leur langue, celle qui dessine ou sort parfois un dictionnaire. Celle qui arrive dans ce monde tourmenté par les humeurs des hommes et à qui Kujtim avait dit : "Dans ce pays, apprivoise ta peur. Dans cette région du monde, on te présente l'apparence, cherche toujours le dessous des cartes et demande-toi si tes actes n'auront pas de conséquences pour ceux qui vont rester. Tu vas te retrouver face à toi. Sois propre avec les gens".
Dans ces paysages montagneux offerts à la terreur d'une guerre fratricide, entre Kosovo, Serbie et Albanie, le temps vient de s'arrêter. Au silence des armes succèdent le constat de l'horreur et l'amertume de la vengeance que l'on redoute. L'étrangère n'y peut rien, elle est juste là pour comprendre. Et Kujtim de lui répondre avec la violence d'une mitrailleuse adressée à l'Occident tout entier : "On s'intéresse à l'Histoire quand on a pas d'avenir à offrir à un peuple".

Patricia Ramahandry est née voyageuse, en 1965 à Paris, d'un père malgache et d'une mère anglo-autrichienne. Après des années à parcourir le continent africain, elle sillonne les Balkans dès 1993, se faisant photographe free-lance puis photographe d'actions civilo-militaires de l'Armée Française au Kosovo. Elle apprend parallèlement le russe et l'albanais à l'Inalco et se consacre aujourd'hui à des actions sociales et humanitaires en France et dans les pays de l'Europe de l'Est.